mardi 2 juin 2026

Aven

Il est temps d'abattre à la hache de la poésie la muraille derrière laquelle pleurent les fées de l'enfance européennes, prisonnières de la grotte aux hirondelles qu'avait su trouver Yourcenar, cette fée immortelle.
Sylvain Tesson, Petit traité sur l'immensité du monde, 2005 

 

 

  

Lilian Berthelot
éditions La manufacture de livre, 06 - 2026

Présentation de l'éditeur

Préhistoire. Orhak est une chamane respectée, mais son statut est ébranlé par plusieurs saisons néfastes pour le clan des hautes terres du milieu… jusqu’au jour où, en quête de grotte-citerne, elle découvre une cavité hors du commun.
Fin du XIXe siècle. Louis Armand est forgeron, amoureux de ses causses. Avec l’inventeur de la spéléologie, E. A. Martel, ils en découvrent les plus belles grottes. L’une d’elles portera le nom de Louis et deviendra célèbre… mais ses mystères resteront enfouis bien au-delà de sa mort.
De nos jours. Fanny est pigiste pour un grand journal. Son amie Éloïse est guide à la grotte de l’aven Armand. Son aïeul n’est autre que Louis Armand dont elle découvre, cachés dans la cave de sa maison, des carnets intimes où il notait les détails de ses explorations. Avant d’avoir eu le temps de les lire, elle les confie à Fanny pour les besoins d’un article.
Trois époques, et un même mystère qui traverse les âges autour d’un lieu singulier où le réel confine au magique.

Aven révèle un univers insoupçonné dans un souffle d’aventure et de suspense où le rude paysage du causse Méjan devient gardien de la mémoire secrète des humains par-delà les siècles.

Toutes les informations sur le site de l'éditeur. 

 

vendredi 24 octobre 2025

Danger, chute de pierres !


 

Les pierres dressées ruissellent depuis cinq mille ans sans fondre. Dans le vent violent, elles seules ne bougent pas.
Sylvain Tesson, Avec les fées

Rien ne vaut la force de l'amour de l'homme pour sa terre, sa forêt, ses fleuves, ses montagnes, ses rochers, ses arbres, ses oiseaux, ses pierres.
Jean-Marie Adiaffi, La carte d'identité

Chacun a tendance à penser que les vieilles pierres ne sont pas à un an près, et que le patrimoine ne va pas s’écrouler du jour au lendemain.
Stéphane Bern, Interview, Le Figaro


Et la Grèce fondit sur la Lozère !

Suite à la chute du célèbre rocher de Saint-Chély-du-Tarn le 23 octobre 2025, en Lozère, dans les gorges de la rivière précitée, les autorités locales ont demandé l’intervention du célèbre entrepreneur grec de travaux publics, Sisyphe. Ce personnage mythologique, demi-dieu, a l’expérience requise puisqu’il avait été condamné à rouler un rocher jusqu’au sommet d’une montagne. Paradoxalement, Sisyphe est le fils d’Éole, dieu du vent, et il est probable que le rocher s’est décroché de la falaise justement à cause des forts vents de la tempête Benjamin qui est passé sur la France et la Lozère le même jour, provoquant un fantastique courant d’air dans le canyon de la rivière et descellant par la même l’accroche déjà fragile de la pierre tombée, car minée par les eaux de la cascade qui lui coulait au-dessus . 



Ce choix audacieux est-il le bon ? La question se pose car si Sisyphe est toujours parvenu à hisser son rocher, arrivé à destination, celui-ci, immanquablement, redescendait de l’autre côté. Une intervention conjointe des entreprises Eiffage et Yves Rocher, spécialisées l’une dans la manutention de charges exceptionnelles, l’autre dans les minéraux qu’ils soient sédimentaires ou métamorphiques, serait peut-être plus à même de réparer le dégât des eaux. Et quitte à convoquer des créatures du passé, ne serait-il pas judicieux de contacter celles qui ont érigé les quelques 200 pierres levées qui parsèment les flancs du mont Lozère sur la Cham des Bondons ? 

Une conséquence surprenante de la chute de ce gros rocher dans le Tarn, dans un endroit poissonneux prisé des truites fario et arc-en-ciel, est l’apparition attendue par les ichtyologistes d'une nouvelle espèce de poissons de type limande (limanda pleuronectini) due à l’aplatissement des populations indigènes (salmo trutta). 

Ce bloc, devenu à cause de sa chute un brave et courageux monolithe, entre dans l'histoire lozérienne. Un fier héros rocher en quelque sorte. Peut-être sera t-il même immortalisé sous la forme d'une confiserie locale ? Une affaire à suivre ...

Le rocher de Saint Chély du Tarn
 aux portes d'une nouvelle célébrité ?


Apostille : ce mythe de Sisyphe ne doit pas être confondu avec le mythe des six ifs, parcelle de son jardin que le Marquis de Bièvre avait aménagée pour pouvoir asséner aux futures conquêtes qu’il y emmenait promener : " Madame, voici l’endroit des six ifs (décisif)." Si la dame ou damoiselle courtisée s'offusquait de la hardiesse du Marquis, celui-ci la rassurait alors en désignant malicieusement les six arbres. Dans la cas contraire, l'affaire était dans le sac. 


Le rocher avant et après sa chute (23 octobre 2025)
photos réseaux sociaux

Lozérix, wet rolling stone
 

Voir l'article de Hélène Gosselin sur Totem 
Voir l'article de Patrick Zimmerman sur La Lozère-Nouvelle

samedi 11 octobre 2025

La fleur du malt

Elle est vachement bonne
cette Mend'Ale !


 

Un pays n'existe pas s'il ne possède pas sa bière et une compagnie aérienne. Éventuellement, il est bien qu'il possède également une équipe de football et l'arme nucléaire mais ce qui compte surtout, c'est la bière.
Frank Zappa





La bière est une boisson fermentée très ancienne, connue dans l’Égypte des pharaons, dans la Grèce antique, chez les Celtes et les peuples du nord de l'Europe. Les traces les plus anciennes semblent remonter à 30 000 ans AP, découvertes dans l'abri sous roche de Cro Nenbour, site situé en Dordogne à proximité de Cro Magnon. On a également retrouvé des vestiges de bière en Mésoamérique, sur le site de Cro Rona, à Tlatilco (vallée de Mexico) datées d'environ 3000 ans AP.  Depuis le XIXe siècle et la maîtrise de la fermentation basse grâce à la réfrigération et la pasteurisation, la bière retrouve son statut de boisson de choix dans de nombreux pays.

En 2025, une brasserie mendoise, les Brasseurs de houx blond, spécialisée dans les bières rousses et et ambrées, élabore et commercialise une nouvelle bière appelée la Mend’Ale.

Une Ale est une bière fabriquée avec des levures qui fermentent à température élevée, entre 18 et 22 °C. Les levures d'une Ale agissent en haut de la cuve de brassage, tandis qu'elles restent au fond pour une Lager. Le terme Ale désigne une bière de fermentation haute, en opposition aux Lager (de fermentation basse) et aux Lambic (de fermentation spontanée). La famille des bières de fermentation haute est si variée qu’il est difficile de trouver des points communs à toutes. De manière générale et en comparaison aux bières de fermentation basse, une bière Ale aura tendance à avoir une teneur en alcool plus élevée, une robe plutôt foncée et un bouquet aromatique plus dense.

 


La Mend’Ale présente un léger goût de châtaigne. A la première gorgée, la très discrète acidité de la bière ponce agréablement les dents. L'attaque débute par le punch de la mousse douce qui vient s'aplatir contre les gencives avant d'éclater. Chacune de ses bulles est une chiquenaude dans le palais, sa fraîcheur gifle la langue avec douceur, sa rondeur est une pichenette au gosier et son taux d’alcool modéré n’inflige pas de calotte en plomb à la tête au lendemain d'une consommation abondante. Dans le même ordre d'idées, dans le cadre d'une consommation raisonnable, le léger degré d'alcool ne trouble pas l'équilibre comme d'autres bières fortes et bues immodérément qui peuvent faire chuter l’imprudent. Ce n'est pas une bière tombale. La Mend’Ale est une raclée de taloches qui fait du bien. Les Brasseurs ont imaginé un astucieux packaging pour leur boisson. Ils ont mis en image un super-héros local, Batmende, en pleine séance de dégustation avec son pote Robin en train d'échanger de vigoureux arguments quant aux qualités de la bière. Véritable baffe liquide pour l’un, torgnole effervescente pour l’autre, autant de soufflets utilisés pour vanter la pêche que donne cette cervoise contemporaine mendoise qui provoque de somptueux éclats de bière. Les canettes sont de 33 et 50 cl, comme il convient à une bière de taille.Désormais, à Mende, on écrit sur les murs à l'encre de nos pintes. 

Hommes d'une foi relative mais à large spectre, les Brasseurs de houx blond ont mis toutes les chances de leur côté pour réussir leur entreprise. Respectant un ordre protocolaire fondé sur l'ancienneté des cultes, ils sont allés à la cham des Bondons où ils ont répandu un peu de leur bière élevée au pied des pierres levées. Ils se sont ensuite rendus à Chassignoles afin d'honorer la mémoire d'Apécagenos, dernier barde gaulois de Gabalie mais aussi alebarde (1) producteur d'une cervoise renommée grâce à l'eau limpide du Chapouillet et au substantifique malt extrait de l'orge du plateau d'Espouzolles grillé au bois de hêtre. Ils ont prononcé la rituelle formule druidique : " bière, tu es bière, et sur cette bière je bâtirai mon ellipse", ceci afin que Bélénos, dieu celte du soleil, facilite à terme la diffusion de la Mend'Ale sur toute la terre suivant la course de l'astre solaire. Visite ensuite au Malzieu, dans la tanière secrète de la Bête du Gévaudan, animal totémique et protecteur de la province, où ils ont laissé une écuelle de leur breuvage, démontrant ainsi qu'en Gévaudan, bière et le loup ont toujours fait bon ménage. On trouve d'ailleurs à proximité de Bagnols-les-Bains, le col et la forêt de la Loup-bière (2). Enfin, à la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Privat de Mende, ils ont allumé un cierge pour que leur bière soit vierge de tout défaut. Ils ont offert une cannette au prêtre, si boire au calice une bière est permis (3). Tous les âges de bière ont ainsi été sollicités, évitant les erreurs, les impairs et surtout, l'échec et malt.

La Bête s'abreuve d'une Mend'Ale

Cette bière précieuse s'ajoute à une série de productions départementales déjà riche. Alors que les contreforts des Cévennes voient leur troisième domaine viticole (4) procéder à sa première vendange, sur l'ensemble de notre territoire, c'est l'or liquide et mousseux des brasseurs qui devient la bière angulaire du panthéon lozérien des boissons alcoolisées. Cette nouvelle bière apportée à l'édifice a obtenu le label "Fleur du malt" lors de sa présentation dans un concours organisé par les meilleurs zythologues (5) mondiaux, présidé par l'alsacienne Frédérique Chopine et l'écossais Tony Malt, distinction obtenue après un parcours sans faute à tous les tests, démontrant qu'elle n'est pas une bière d'achoppement. Elle promet au contraire des dégustations de chopes exemplaires.
 

Forêt domaniale de la Loup-bière - Lozère

Suggestion d’accompagnement, la Mend'Ale va très bien avec les beignes (6) et les marrons chauds. A l'apéritif, elle sublime les tranches des larges saucissons, devenant ainsi bière de rosette.

Comme toutes boissons alcoolisées, même si elle ne tabasse pas trop, la Men'Ale est à consommer avec modération. Évitez que la Mend'Ale ne vous mette à l'amende si la maréchaussée venait à vous choper.

Lozérix, mis en bière sous pression 


(1) Ale barde, barde gaulois brasseur de cervoise, à ne pas confondre avec hallebarde, arme d'hast pour fantassin en combat rapproché (du XIVe - XVIIe siècle)
(2) Sommet entre Lanuéjols et Bagnols-les-Bains, par la D 41
(3) Sachant qu'un prêtre peux rouler vite car 
ses habits sacerdotaux, ciboire ou éconduire, il faut choisir !
(4) Domaine des Audacieuses à Molezon (Midi Libre du 10/10/2025)
(5) 
Spécialiste et expert en bière. La zythologie est l’équivalent de la sommellerie dans le monde du vin.
(6) Ou donut comme disent les anglo-saxons.


Playlist recommandée pendant la lecture :
Laisse béton, Renaud - Lien Youtube
Du rhum des femmes, Soldat Louis - Lien Youtube
Drunken Sailor, The Irish Rovers - Lien Youtube
I Hardly Ever Sing Beer Drinking Songs, Johnny Cash - Lien Youtube




mercredi 16 juillet 2025

La truite enchantée



 
 
– Il existe des patrons de gauche, je tiens à vous l’apprendre !
– Il existe aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre !
Michel Audiard, Le Président, film d'Henri Verneuil - 1961

 

  

La rave-party illégale qui s'est tenue à Chabalier, commune du Mont Lozère et Goulet pendant la fête nationale française est enfin terminée et les lieux ont été rendus au calme et à la sérénité le 15 juillet. On déplore tout de même la mort d'une jeune femme dans un accident de la route pour avoir emprunté un chemin non-carrossable. Des échauffourées avec les forces de l'ordre, barrage forcé et tirs de mortiers d'artifices, ont fait deux blessés légers côté gendarmerie et de nombreuses interpellations côté forces du désordre.

Les conséquences du déversement de cette fantastique quantité de décibels sur la faune locale et les humains voisins seront certainement observées dans quelques jours avec une épidémie annoncée d'acouphènes. Il y avait une énorme lacune dans l'organisation puisque les commodités, toilettes, water-closet, feuillées et autres fosses d'aisance ne brillaient pas par l'action de Canard-wc mais par leur absence. C'est pourquoi on mesure déjà l'impact de l'épandage par les 12000 participants des milliers de litres d'urine chargée d'une myriade de produits aussi stupéfiants qu'illicites, aussi planants que dangereux, aussi psychédéliques que délictueux. Tous ces fluides contaminés jusqu'à la lie ont coulé de façon inconsidérée jusqu'aux sources des ruisseaux avoisinants pour finalement se retrouver dans l'Allier en quantité considérable. Les effets de ces effluves sournoises sur les truites ont rapidement été observés.

Les belles truites farios ou arc-en-ciel, dopées par les substances chimiques des rejets issus des vidanges de vessies pourries et de mictions dignes de celles de Lance Armstrong, se prennent pour des exocets et planent majestueusement au dessus des flots. Les pêcheurs peuvent ranger leurs asticots, le lancer ou la mouche, la ressource halieutique va maintenant se pécher au filet à papillons. Les inconditionnels de la gaule choisiront une canne à vis.

S’agissant de l’usage ou de la consommation de ces poissons ectasyés, amphétaminés, cannabilisés, cocaïnosés, altérés et désaltérés par toute autre substance psychoactive illicite, cela constitue un délit puni d’une peine maximale de 1 an d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende (article L3421-14 du code de santé publique). 

Lozérix - Terre-neuvas du Sauveterre

 


La fête est finie
, à lire sur 20 minutes du 15 juillet 2025 
600 verbalisations, à lire sur Le Figaro du 15 juillet 2025
Etc ...

jeudi 10 juillet 2025

Hauts Lozèriens, rangez vos appâts !

 

Il avait beau se projeter sur la droite avec toute son énergie, à chaque fois il basculait en arrière, sur le dos. Il essaya peut-être cent fois, en fermant les yeux pour ne pas être obligé de voir le frétillement des pattes, et il ne s'arrêta qu'au moment où soudain il se sentit au flanc une douleur inconnue, légère et sourde.
Franz Kafka, La métamorphose

 

 


Un moustique d’origine auvergnate a été repéré en Haute-Lozère (Aubrac, Margeride). Facilement identifiable a sa couleur rouge tachée de vert et jaune, le nematocere altitudinis a la fâcheuse habitude de piquer ses proies au niveau des parties intimes, les plus tendres, son dard étant trop souple pour percer les zones dures ou épaisses. Cette propension à attaquer ces régions anatomiques sensibles lui vaut son nom familier de chichoune bougnat. Chichoune (1) désignant le sexe humain en occitan (2), et bougnat pour sa répartition géographique centrée sur l’Auvergne. Sa piqure est heureusement peu urticante mais peut véhiculer des MST. Les sous-vêtements taillés dans une combinaison de scaphandrier constituent la meilleure protection pour les délicats appâts et éviter que les diptères n'y fassent des agapes.

Nematocere altitudinis

 

Nudisme, naturisme et autres originalités comportementales ou vestimentaires, les tenues d'Adam et Eve et le port du plus simple appareil sont à proscrire dans les zones infestées.

Source : Science Diffuse n°48 du 31 juin 2025

Professeurs Lozérix, Nimbus & Tournesol
Laboratoire C.I.M.E. (Centre International Margeridien d'Entomologie)


(1) Voir sur le Wikitionnaire 
(2) Zigounette, zézette étant désignée par le dérivé chichourle (provençal)

samedi 13 juillet 2024

Des céphalopodes enquêtent en Lozère

 

Ô poulpe, au regard de soie ! toi, dont l'âme est inséparable de la mienne ; toi, le plus beau des habitants du globe terrestre, et qui commandes à un sérail de quatre cents ventouses ; toi, en qui siègent noblement, comme dans leur résidence naturelle, par un commun accord, d'un lien indestructible, la douce vertu communicative et les grâces divines, pourquoi n'es-tu pas avec moi, ton ventre de mercure contre ma poitrine d'aluminium, assis tous les deux sur quelque rocher du rivage, pour contempler ce spectacle que j'adore !
Comte de Lautréamont, Les chants de Maldoror

Les cols des Amériques
Thomas Cantaloube

La fille du Poulpe
éditions Moby Dick, 06-2024


Présentation de l'éditeur
Gabriella n'a pas grandi dans une prison bolivienne sans avoir développé un second sens pour les coups bas. Lorsque la jeune femme apprend la chute mystérieuse et fatale d'un journaliste chilien dans les Cévennes, elle décide d'aller y voir de plus près. Elle s'en va explorer les Causses où elle est accueillie par des flics tordus, des gros bras armés et un vieillard crépusculaire en fauteuil roulant. Bien entendu, Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, a tenu à la rejoindre pour la protéger. Comme si elle en avait besoin...
La fille du poulpe est une héroïne contemporaine, engagée, curieuse et amoureuse, qui a eu 24 ans en 2024. Ce qu'elle cherche, c'est dénicher au plus profond le désespoir et les injustices pour essayer de les gommer et faire sourire le quotidien. Comme le poulpe, elle s'exprime à travers de petits ou grands faits de société, qui, tels une pathologie, gangrènent le monde. Elle n'est ni flic, ni gendarme, ni femme de loi, elle est la preuve d'un monde à la dérive où elle va mener ses enquêtes guidée par son instinct.

Sous sa forme habituelle, le poulpe se rencontre très rarement en Lozère
son habitat et environnement étant exclusivement maritime.
Source image : https://poissons-coquillages-crustaces.fr/especes/poulpe/


Mon avis
Suite des tribulations du Poulpe, Gabriel Lecouvreur, à travers sa fille spirituelle, Gabriella, native de Bolivie. L'esprit libertaire qui animait le Poulpe souffle toujours sur ces pages, mais il s'est radicalisé à travers cette jeune métisse féministe, woke et partisane des gauches les plus extrêmes. C'est parfois un peu lourdingue. Si le Poulpe père était un esprit libre et un homme libre, Gabriella est quelque part prisonnière de ses engagements, de ses idéologies, de ses clichés et de ses poncifs. Si leur combat est le même, les arguments et ressources du Poulpe étaient plus originaux et plus convaincants. En plus, cette jeune fille ne boit pas de bière, adieu donc les découvertes de liquides pétillants et peu alcoolisés à base de houblon.

L'auteur a toutefois l’honnêteté de reconnaître ici et la les limites des choix politiques et sociétaux de son héroïne. Qui dit stricte égalité des genres, dit fin de la galanterie. Gabriella se trimbale donc son sac à dos sans l'aide d’aucun mâle. Le titre fait référence à la sinistre École des Amériques (1), école militaire et policière de contre-guerrilla. Sauf qu'aujourd'hui, ce sont des militaires vénézuéliens chavistes, des militaires nicaraguayens "sandinistes" et autres dérivés des dictatures d’extrême-gauche qui y ont été formés qui mettent ces préceptes en œuvre au mépris des plus élémentaires droits de l'homme

Côté décor, nous sommes en Lozère, entre Mende, le causse de Sauveterre et le Mont Lozère. Les lozériens s'y retrouveront. On passe sur le parvis de la cathédrale de Mende et probablement au bar le Drakkar, à Hyper U, on monte vers Champerboux ou Le Bleymard, on longe le Lot ou le Tarn. Par contre, la description d'une manifestation rassemblant plusieurs milliers de personnes, qui va dégénérer et induire l'intervention musclée de gardes-mobiles et de canons à eau fera sourire les indigènes. Le record d'une manif en Lozère est de 2000 personnes grand maximum, et il n'y a jamais eu de débordements ayant entrainé une riposte policière et le déploiement d'un canon à eau (2). L'un des personnages clé est le préfet de Lozère qui a été placardisé dans la préfecture lozérienne, source de son amertume et par conséquence de sa participation aux agissements vengeurs dénoncés par Gabriella. Cette dernière recevra l'appui d'un berger des causses équipé comme un geek pour veiller sur son troupeau d'ovins menacé par le loup, et d'un néo-rural ex-grand reporter monté sur les hauteurs du Lozère pour y retrouver le calme et la sérénité. Le titre ne fait référence à aucun col cévenol, c'est un jeu de mot qui sert de titre, exercice imposé par la série.

Quant à l'histoire, elle est bien menée, ça se lit vite, le style est agréable, les personnages bien façonnés mais dans une intrigue très manichéenne.

 Lozérix, les lettres perçantes



(1) En savoir plus sur L’École des Amériques (Cairn.info).
(2) Je tiens d'une source policière mendoise le fait que le commissariat de Mende ne dispose pas de canon à eau, et que jamais des CRS ou des gardes-mobiles venus ponctuellement en renfort n'en ont amenés.

jeudi 6 juin 2024

Le débarquement des cornes flasques

 

Les cornes, c’est comme les dents. Quand elles poussent, ça fait très mal ; mais une fois poussées, on mange avec.
Anne-Marie Bigot de Cornuel



 

La Lozère est un terroir gourmand. La liste des mets que l’on peut y déguster est fort longue. Il y a néanmoins un produit oublié dont il est légitime de rappeler l’existence.

 Pendant les noires années de l’occupation, même à la campagne on manquait de tout. Notamment de bon pain pour faire les tartines à tremper dans le café matinal. En 1944, les ersatz de farine et autres poudres de berlinpinpin ne convenaient à personne. Jusqu’au jour ou un agriculteur établi dans la région de Vitrolles, commune de Rieutort-de-Randon, eu l’idée de râper les cornes de ses vaches et de faire ensuite longuement bouillir les copeaux obtenus afin de les ramollir. Il les laissa ensuite sécher, avant de les refaire gonfler un bol de lait. 

Il tentât la première dégustation le 6 juin et fut immédiatement convaincu par sa préparation. De la pénurie de pain étaient nées les cornes flasques pour la collation matinale. Celles-ci allaient rapidement débarquer sur toutes les tables du petit déjeuner. Après avoir pris le taureau par les cornes, on allait prendre les cornes avec une petite cuillère.

Quant au pope corne, il sera inventé un peu plus tard par un moine grec orthodoxe. Et c'est en 1953 que la recette à base de riz soufflé du compagnon de Séoul, l'ami riz-corée, viendra concurrencer les cornes flasques.

Lozérix, encornet farceur