samedi 30 mai 2015

On n’entend plus siffler le train


L'attaque du train "Aubrac" par
des technocrates de Paris
Aquarelle de Morris - 20e siècle
De graves décisions aux conséquences funestes planent sur un ouvrage d’art à notre frontière nord. Sous couvert d’une réforme des trains inter-cités, les membres d’obscurs cénacles parisiens fomentent de sombres projets d’aménagements ferroviaires, préparant la réduction drastique de lignes dites en déficit. Pour notre territoire, ils ont, entre autres, dans leur viseur la ligne Béziers - Clermont, ou ce qu’il en reste, le trafic voyageur étant depuis plusieurs années déjà extrêmement limité. La fermeture définitive, annoncée pour 2015, porte un coup fatal au viaduc d’Eiffel. Le coup secoue Garabit qui se moule dans un destin de chef d’œuvre en péril. Et comment parler du « désenclavement » du massif-central, alors qu’on veut, en suivant ce chemin, défaire ce qui nous relie au reste du pays. Mais il semble que ce chemin de traverses, vieux et désuet, mal électrifié, ne réponds plus aux exigences du monde d’aujourd’hui. On raille « L’Aubrac », nom du train qui effectue le trajet Paris – Béziers, sa lenteur, son coût et le nombre ridicule de passagers. Cette réforme, qui devrait être compostée non pas comme un titre de transport mais comme un déchet organique, aiguille nos déplacements sur une voie de garage d'un Réseau Fichu en Friche.

Il semble aussi que les atours du viaduc d’Eiffel vieillissent mal et qu’une des piles du pont se lézarde. C’est plein d’entrain que les technocrates parisiens allèguent de ces défauts et des sommes considérables qui seraient nécessaire à la réparation, pour faire dérailler tout projet alternatif. Pour eux, l’heure est venue de monter sur scène comme on prend le dernier train. Leurs projets de couper le sifflet aux ultimes convois passant devant les derniers chefs de gare est en bonne voie. Alors qu’on devrait les déférer devant les tribunaux pour discrimination envers une population par la réduction du service public, ils seront au contraire récompensés pour la justesse de leurs analyses et les économies qu’elles permettront. Si les populations locales ont depuis longtemps bien jaugé ces fossoyeurs qu’on devrait enduire de goudron et de plumes, ils sont considérés dans les hautes-sphères du pouvoir français comme d’excellents boute-en-train, ces agents zélés qui, par leur application à mettre en ouvre ces réformes iniques, égaient et mettent en joie ceux qui les ont initiées.

Le viaduc de Garabit - Œuvre de Gustave Eiffel
Les locaux, motivés par leur volonté de préserver le rail, lien métallique et inoxydable, multiplient manœuvres et manifestations pour la sauvegarde des réseaux ferrés. Ces braves gens dont on chamboule le train-train quotidien veulent garder leurs derniers cheminots, sous peine de redevenir de pauvres chemineaux qui se verraient contraints de s’aiguiller sur d’autres voies pour se déplacer. Devront-ils faire en trail leurs transhumances professionnelles ? Pour le moment, on se réunit régulièrement sur telle ou telle gare du parcours, dans la bonne humeur, les élus locaux y vont de leurs couplets lyriques et se posent en contrôleurs vigilants de la pérennité du moyen de transport. Élus locaux qui appartiennent tout de même aux majorités qui se succèdent au pouvoir. Mais, plus soucieux de leur élection ou réélection que du bien être de leurs administrés, l’élu local persiflera trois fois au sujet de la sauvegarde des lignes des hautes-terres et d'un Service Non Conforme à sa Finalité.

Banderole dans une manifestation de 2015
N’empêche que, les mois passent et la chute du couperet se rapproche à un train d’enfer délaissant le train de sénateur pris lors du lancement de l’étude. Les humeurs montent, les esprits s’échauffent, la pression de la vapeur augmente. Les habitants des contrées concernées, qui ont déjà d’autres trains de retard, fatigués d’être de sous-citoyens rongent leurs freins mais jusqu’à quand ? Quand les barrières ne seront plus gardées, nombre d’entre eux pourraient se transformer en saboteur face au Très Grand Vide qu’on leur prépare. Les caténaires de la guerre, prisés des mafias métallifères venue d’Europe de l’est, seront, dans le Massif-Central, l’objet de toutes les surveillances. Pas question de laisser s’installer un train fantôme à la place de l’Aubrac, train bucolique qui permet aux voyageurs de voir au loin pousser les myrtilles dans la brume du petit matin. Rappel au passage, le niveau de circulation du Cévenol, entre Clermont et Nîmes, qui dessert l'est de la Lozère, est déjà très bas et tout aussi menacé.

Train fantôme sur les hautes-terres
Les Auvergnats et les Lozériens, lassés de regarder passer les wagons de réformes et les ravages qu’elles provoquent vont prendre le taureau par les cornes pour voir la sortie du tunnel de cette crise lamentable, afin que motrices et convois continuent à fouler le ballast populaire. Ils ne déraillent pas, eux ! Face aux parigots qui veulent se faire une ligne, ils sauront croiser le fer. Car enfin, s’il n’y a plus de train, que vont regarder passer les vaches ?


Lozérix - Voix qui compte pour un viaduc
Effets pervers de la suppression des lignes de chemin de fer

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