Je suis un partisan des frontières, à condition de pouvoir les franchir sans tracasseries inutiles. Mais j’aimerais qu’on fasse passer chaque voyageur devant un détecteur qui refoulerait impitoyablement les imbéciles et les vulgaires, le petit nombre étant seul admis à jouir des différences et s’en abreuver. J’appelle de tous mes vœux la multiplication à l’infini des frontières, à l’abri desquelles les si précieuses différences pourraient cesser de disparaître et même, se cultiveraient jalousement jusqu’à une nouvelle floraison. »
Jean Raspail
La hache des steppes
On a connu des évêques-félons, des généraux-félons, des ministres-félons, des intellectuels-félons et des félons tout court. C’est une espèce d’homme dont l’Occident se fait de plus en plus prodigue au fur et à mesure qu’il se rétrécit.
Jean Raspail, Le camp des Saints
Je suis un partisan des frontières, à condition de pouvoir les franchir sans tracasseries inutiles. Mais j’aimerais qu’on fasse passer chaque voyageur devant un détecteur qui refoulerait impitoyablement les imbéciles et les vulgaires, le petit nombre étant seul admis à jouir des différences et s’en abreuver. J’appelle de tous mes vœux la multiplication à l’infini des frontières, à l’abri desquelles les si précieuses différences pourraient cesser de disparaître et même, se cultiveraient jalousement jusqu’à une nouvelle floraison. »
Jean Raspail
La hache des steppes
Zaï Zaï Zaï Zaï est un roman graphique de l'auteur montpelliérain Fabcaro. Sorti en 2015 aux éditions 6 pieds sous terre, l'album s'est depuis vendu à plus de 300 000 exemplaires (1) et a reçu pas moins de 7 prix (2). C'est l'histoire d'un auteur de bande-dessinée qui est pris à parti dans un magasin parce qu'il a oublié sa
carte de fidélité et qui prend la fuite. Débute alors une
longue pérégrination aussi comique que philosophique. C'est un
road-movie complètement brindezingue, à la fois drôle et plus profond
qu'il y paraît. Fabcaro imagine dans une société
absurde la fuite d'un homme « petit, les cheveux gris, la quarantaine », qui va être poursuivi,
mis au ban de la société. Le héros déambule, fait du stop sur la route,
et atterrit en Lozère. Là, dans un petit village, il tombe sur une fille
dont il était amoureux au collège. Cette dernière l'invite à prendre un
verre chez elle et son mari.
Le titre provient de la chanson de Joe Dassin, Siffler sur la colline, adaptée de la chanson italienne Uno tranquillo, de Riccardo Del Turco et diffusée en boucle sur les ondes durant les grèves de Mai 68, à contre-courant des enjeux de l'époque. La ritournelle du refrain devient le titre de la bande dessinée qui brocarde la société de consommation en décrivant le road movie du héros, traqué et finalement condamné à chanter Siffler sur la colline dans un karaoké en public pour avoir oublié sa « carte du magasin ».
L'affiche du film |
En plus du succès de librairie et de l'envol des ventes du livre, Zaï Zaï Zaï Zaï, après plusieurs adaptations théâtrales (3), vient d'être adapté pour le cinéma, avec un scénario écrit par François Desagnat et Jean-Luc Gacet. Au casting principal, on retrouve Jean Paul Rouve, Julie Depardieu, Yolande Moreau et Ramzy Bedia. L’histoire a été un peu modifiée, le héros, Fabien, n'est plus auteur de bd mais acteur de comédie. Dans un magasin, il réalise qu’il n’a pas sa carte de fidélité alors qu’il fait ses courses. Malgré la menace d’un vigile, il parvient à s’enfuir. Commence alors une cavale sans merci pour celui qui devient rapidement l’ennemi public numéro 1. Alors que les médias s’emparent de l’affaire et que le pays est en émoi, le fugitif, partagé entre remords et questions existentielles, trouve un point de chute inattendu, quelque part en Lozère.
Le disque de Joe Dassin, sorti en mai 1968 |
Là ou les choses tournent au vinaigre, c'est justement sur les lieux de tournage. Alors qu'une bonne partie du film aurait logiquement dû être tournée en Lozère, voilà t-il pas que pour de mystérieuses raisons tout aussi inconnues qu'incomprises et indéfendables, le tournage c'est fait entre Nant, dans le sud de l’Aveyron, le plateau d’Aumelas, le Pic Saint-Loup et Montpellier dans l'Hérault, en novembre et décembre 2019. Coupés donc les plans qui auraient dû montrer notre département et un de ses villages, dépossédés au profit des départements voisins. Pourquoi ce changement de cadre ? Mystère et boules de gomme ! Pourtant, la Lozère a eu maintes fois la faveur des caméras avec pas moins d'une quarantaine de films qui y ont été tournés (4). On citera par exemple des chefs-d'œuvre comme L'édit commande Mende (voir sur ce blog), Les saigneurs des ânes-hauts (voir sur ce blog), Vol au dessus d'un nid de courroux (voir sur ce blog), Le silence des Lajos (voir sur ce blog), autant de merveilles pelliculaires qui ont bénéficié de l'environnement lozérien. Si l'Aveyron et l'Hérault étaient plus attrayants pour le cinéma, cela ce saurait. Avec ce mauvais choix, le film ne décrochera aucune nomination aux Césars, Oscars et autres Golden Globes pour les décors.
Ce changement de décor prive la Lozère d'une exposition avantageuse de ses caractéristiques paysagères et architecturales. Pourquoi se priver de ses décors beaux, de ses décors sages que le réalisateur aurait pu fouiller, embrasser, caresser, pour en faire jaillir les plus beaux mamelons sur lesquels il aurait envoyé siffler le héros. Il est quand même plus esthétique d'aller siffler là haut sur le Mont Lozère, sur le Truc de Fortunio ou sur les Puechs des Bondons plutôt qu'à la surface pelée et poussiéreuse du Larzac, ou du modeste Pic Saint-Loup (alt. 685m) et sa vue imprenable sur des km2 de garrigues monotones ! Présenter une histoire qui se passe en Lozère sans l'environnement idoine, c'est comme présenter un taureau d'Aubrac décorné au salon de l'agriculture. En foulant la Lozère et ses décors aux pieds, l'équipe du film a commis une faute (5) ! En ne respectant pas la la lettre de l’œuvre d'origine, en déplaçant la géographie de l'histoire, en bafouant les espérances légitimes qu'avaient les Lozériens de voir leur pays projeté sur le grand écran, ils ont commis une faute , impardonnable. Assimilable à un crime de lèse Lozère, ce n'est pas la faute à Voltaire. S'ils ont choisi l'Hérault, ce n'est pas la faute à Rousseau ! Alors, à qui la faute ?
Un des puechs des Bondons. Ça c'est de la colline ! |
La sortie du film est prévue pour le 23 février 2022. On lui souhaite malgré cette honteuse erreur le même succès qu'au roman graphique, mais il est à prévoir une importante perte de spectateurs dans nos hautes terres, car leur premier réflexe sera de décortiquer les décors pour reconnaitre les lieux. Ils vont faire figure d'écorchés vifs de ne pas voir leur chère terre alors qu'ils ont la sensibilité à fleur de peau. Privés de ce plaisir, vexés par une trahison au bénéfice du voisin aveyronnais, ils pourraient lancer, un boycott en rameutant les troupes au son des cors de chasse. Amputé des cinéphiles lozériens, on craint le bide pour Zaï zaï zaï zaï qui baisserait d'un écran dans le cœur des hommes. Vu l'affront, ils se disent qu'il vaut mieux aller siffler là haut sur la colline, ramasser un petit bouquet d'églantines, plutôt qu'user ses yeux sur de perfides images pleines d'épines. Quand ils ont appris la nouvelle, quelques uns l'ont sifflé tant qu'ils ont pu, mais la plupart n'en sont pas encore revenus. Pour le moment, les avis de la presse spécialisée sont assez favorables, si le public n'est pas au rendez-vous, ce ne sera pas la faute aux synthèses des critiques.
Les opinions de ceux qui franchiront le pas et s'installeront dans les fauteuils des salles obscures nous permettront d'y voir plus clair. En attendant, je boude, la faute aux copieurs cinéastes qui ont vidé de sens l’œuvre écrite de l'auteur, se comportant en faux copistes mais vrais pilleurs. Et j'ajoute que voir défiler sur l'écran les paysages aveyronnais ou héraultais, ennuyeux, soporifiques, fades et lassants, je crains que ces décors ne m'usent.
Lozérix - Côté sensible de la pellicule cinématographique et fondu déchainé
La Lozère est néanmoins citée dans le film Capture d'écran Allociné |
(1) Source : Métropolitain du 30 septembre 2020.
(2) Prix Landerneau BD « Coup de cœur », Prix Ouest-France - Quai des Bulles, Album d'Or au 26e Festival de la Bulle d'Or de Brignais en 2015,Grand prix de la critique décerné par l'ACBD, Prix Libr'à Nous, 16e Prix SNCF du Polar, Prix bulle de cristal, Prix des libraires de Bandes dessinées en 2016.
(3) La bd a aussi été adaptée en pièce radiophonique et pour le théâtre a plusieurs reprise, par Blanche Gardin notamment. Une représentation de la compagnie Blutack théâtre a eu lieu à Mende en juin 2021. Voir également Zaï zaï zaï zaï en résidence à l'Espace des Anges.
(4) La Lozère au cinéma, voir la page dédiée sur Lozere.fr.
(5) Faute
: Manquement à la règle morale, à une prescription. Manquement à une
règle, aux devoirs qui découlent d'un contrat de travail ou d'une
activité réglementée. Manquement à un règlement, à une règle de jeu.
Manquement à une norme, à un principe, à une procédure. Responsabilité
de quelqu'un ou de quelque chose dans un acte coupable, une erreur, un
manquement, ou dans une quelconque situation. (Dictionnaire Larousse de
la langue Française).
(6) La seule préférence départementale de bon aloi est celle qui s'exerce au bénéfice de la Lozère.
Le site MOVIERAMA rappelle le lieu où il faut siffler capture d'écran Movierama |